Retour à la page d'accueil Conseil général de l'Allier


Les grandes périodes de faste de l'abbaye



déambulatoire, chapelles et absideLe déambulatoire, les chapelles et l’abside (2<sup>e</sup> quart du XII<sup>e</sup> siècle). © Inventaire Général, ADAGP. Cliché R. Choplain

2. Le nouveau chœur de l’abbesse Ermengarde (2e quart du XIIe siècle) :

LA COMMANDE, LA COMMANDITAIRE ET LES ARTISTES


Le grand chantier d'Ermengarde

Dans le deuxième quart du XIIe siècle, l’abbesse Ermengarde s’employa manifestement à augmenter la grandeur de Saint-Menoux. Pour la plus grande gloire de Dieu et de l’abbaye, elle étendit les possessions de celle-ci et s’efforça de bâtir un magnifique sanctuaire. C’est durant cette période [1] que l’ancien chevet fut remplacé par un chevet à déambulatoire et à chapelles rayonnantes d’une grande beauté et que les reliques de Menou furent déplacées, pour être déposées dans une châsse de pierre polychrome. La reconstruction du chœur avait un double but : donner un écrin au nouvel ensemble formé par la châsse et l’autel majeur et permettre de canaliser plus facilement le flux croissant des pèlerins. Ce chevet, ainsi que les vestiges du mobilier religieux qui lui était associé, donnent un aperçu de ce que pouvaient être la richesse et le raffinement de l’abbaye en ce second quart du XIIe siècle. Ce sont aujourd’hui les seuls témoins de l’abbaye romane d’Ermengarde.

Autour de la châsse et dans son environnement immédiat (autel, et peut-être clôture), tout était fait pour donner à ce nouveau chœur une allure raffinée et précieuse. Au sol, un dallage blanc souligné de mastic noir dessinait des rosaces et des rinceaux floraux. Les chapelles des absidioles étaient meublées d’autels de pierre supportés par de petites colonnettes aux chapiteaux végétaux [2]. Et, dans les hauteurs, un somptueux ensemble sculpté de plus de quatre-vingt-dix chapiteaux ornait l’intérieur et l’extérieur du nouveau chevet.



fenestella romane dans le sarcophage mérovingienModification romane du sarcophage mérovingien de Menou (2<sup>e</sup> quart du XII<sup>e</sup> siècle). © M.-E. BruelUne équipe d’artistes nombreux

Une vaste palette de talents divers se trouva travailler à Saint-Menoux : on distingue au moins quatre mains, chacune de sensibilité différente, même lorsqu’il y a identité de modèle. Intéressante particularité, le mobilier liturgique et les chapiteaux furent exécutés en même temps et par la même équipe [3]. Un plan de répartition des mains permet de constater qu’aucun artiste ne prend le pas sur l’autre. Il en ressort l’impression d’un chantier où tous travaillaient de concert pour faire avancer l’ouvrage. Certes, l’un est l’auteur de la châsse, un autre celui de bon nombre de chapiteaux autour de l’autel ; il n’en demeure pas moins que dans l’abside, la tâche a été particulièrement bien distibuée. Les différents sculpteurs se sont partagé le travail selon leurs talents et les hasards de leurs disponibilités. Si certains semblent plus présents, ce n’est pas forcément parce qu’ils étaient plus prisés, mais simplement parce que leurs confrères avaient pu être appelés sur d’autres chantiers.



dalle romaneEtat actuel du dallage roman. © M.-E. BruelCes artistes travaillaient en effet à d’autres grandes réalisations dans la région, notamment aux églises Saint-Pierre et Saint-Marc de Souvigny et à la Trinité d’Autry. Dans ce deuxième quart du XIIe siècle, les reconstructions fleurissaient à la faveur de l’émulation réciproque des différents commanditaires. Tous œuvraient partout à la fois en un gigantesque chantier. A Saint-Menoux, quand des différences de style se remarquent, ce n’est pas tant du fait d’un échelonnement des interventions dans le temps qu’en raison de la présence dans un même lieu de personnalités si diverses. L’un, plus âgé, pouvait encore réaliser des drapés dans le style qui prévalait vers 1100, un autre, plus jeune ou de sensibilité différente, lui préférait une manière plus « moderne ».

A Saint-Menoux, les sculptures, aussi bien intérieures qu’extérieures, ne sauraient être envisagées indépendamment de l’ensemble monumental dans lequel elles s’insèrent : le lien entre les sculpteurs et l’architecte est particulièrement fort. Il est d’ailleurs probable que l’architecte qui conçut l’ensemble de l’édifice et son décor ait été l’un des sculpteurs à l’œuvre dans l’église, selon une pratique fréquente au Moyen Age.


autel roman restauré au 19e siècleAutel roman dans une absidiole (2e quart du XII<sup>e</sup> siècle, restauré au XIX<sup>e</sup> siècle). © M.-E. Bruel

lien vers parties de l'église du 12e siècle
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les parties de l’église du 2e quart du XIIe siècle © M.-E. Bruel


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[1] Datation en partie fondée sur les travaux de N. Stratford, et qui s’insère logiquement dans l’histoire et le rythme des constructions. Voir La frise monumentale romane de Souvigny, ville de Souvigny, 2002 (Catalogue de l’exposition 15 juin / 11 novembre 2002), p. 62.
[2] Restaurés au XIXe siècle.
[3] Le sculpteur de la châsse travailla à certains chapiteaux du chœur. Malgré la différence d’aspect entre une sculpture taillée dans un calcaire au grain fin et celle provenant d’un grès plus grossier, l’identité de main est manifeste.

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