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Claude Désormières (Nizerolles)

C’est à Nizerolles, dans l’Allier, que Claude Désormières (voir photos) naît le 28 décembre 1873. Sabotier dans le civil, il commence ses classes le 16 novembre 1894. En 1901 il se marie avec Gilberte Drigeard avec laquelle il a 3 filles. Lorsqu’il est mobilisé le 25 septembre 1914 il a alors 41 ans (voir registre matricule et notice historique 104eRI).

A l’image d’Emile Guillaumin, « écrivain paysan », Claude Désormières apparaît d’abord comme un « poète paysan » (voir ses poèmes ici et ici). Son style littéraire lui vaut une certaine renommée : deux de ses poèmes sont publiés dans des journaux locaux. Ainsi en janvier 1915 Le Journal de Roanne et La Semaine de Cusset-Vichy publient son remerciement aux élèves des écoles pour leurs cadeaux de Noël et en mai c’est dans Le Réveil Républicain de Roanne que l’on peut lire son hommage aux soldats de la 129e tués le 28 septembre 1914.

Tout au long du conflit, Claude Désormières a tenu son journal de bord sur plusieurs carnets (voir les carnets). Il y décrit avec minutie chaque journée avec pour fil directeur le récit des offensives auxquelles il a assisté comme celles des 16 et 17 février ou celle du 13 mars 1915. Il commente les combats acharnés ce 3 août 1915: « le duo des gros joujoux de Krupp et du Creusot reprend sur nos deux flânes, ils se répondent par de gros morceaux, et des sujets frappants bien sur avions ». (carnet n°20). Les activités quotidiennes des Poilus sur le front sont égrenées : les corvées et loisirs (voir étude détaillée), le prix des denrées ou la vie en communauté. Les conditions de vie dans les tranchées sont désastreuses « D’énormes rats pullulent le long du ruisseau et y font une vie de tous les diables, Genest dans son trou se bat avec eux à coups de bâton. » (carnet n°9, jeudi 1er avril 1915).

Il évoque la censure : « On nous a dit encore après la soupe, un avis du général défenseur expressément de ne rien mettre dans les correspondances qui puisse en quoi que ce soit renseigner l’ennemi ou alarmer l’opinion publique. » (carnet 23, mercredi 15 septembre 1915) « Par ordre ministériel du 27 juin, il est interdit de porter aucune appréciation désobligeante, ni aucun sarcasme sur certaines unités, leurs numéros et les pays d’origine des hommes qui les composent, afin de maintenir la censure et l’Union sacrée entre différents corps de troupe. » (carnet 25, samedi 27 septembre 1915).

A ses carnets, Claude Désormières confie ses sentiments : en premier lieu comme la majorité de ses frères d’armes : la lassitude d’une guerre qui dure : « Ah ! oui, la guerre pour nous deviens longue…longue…très dure et fatigante » (carnet n°27, jeudi 7 octobre 1915). Il dénonce l’horreur de la guerre « Sur l’écran européen souffle en tempête, la folie, la furie, la tuerie. » (carnet n°11, samedi 1er mai). « C’est beau dans les journaux, la gloire de tomber au champ d’honneur, mais vue de près […] elle est épouvantable à voir. » carnet n°6, vendredi 19 février 1915). « Y a-t-il parmi vous des volontaires pour « l’abattoir » - En reviendront-ils tous ? hélas ! il est permis d’en douter, car là-bas le tonnerre du canon va bon train » (carnet 23, vendredi 10 septembre 1915).

Face au danger permanent, Claude semble garder un optimisme désarmant « S’il y a de mauvais quarts d’heures sur le front, on y passe parfois de joyeux moments d’oubli, d’abandon et de tendre souvenir. » (carnet 10, mercredi 21 avril 1915). Il fait même de l’humour comme, ce 15 février 1915, à propos d’un feu d’artillerie imminent : « il ne fera pas bon ramasser des pissenlits entre les deux camps » (carnet n°6, lundi 15 février 1915) ou alors le 12 avril 1915 « les Boches sont des gens peu courtois malgré leur Kultur intensive (lisez destructrice) pour une fois qu’au repas du soir nous avions de la choucroute. » (carnet n°9, lundi 12 avril).

Toutefois, ce qui déconcerte le plus à la lecture des carnets de Claude aujourd’hui c’est son patriotisme déclamé parfois de manière très lyrique : « Un Coq Gaulois, à plein gosier, jette son chant de défi et ses coquoricos puissants à la Barbe et au nez du Piteux Aigle Noir. » (Carnet n°7, mercredi 3 mars 1915) ou « Ô Patrie, que d’épreuves, que de fatigues, de soucis et d’abnégation il faut supporter en ton nom » (Carnet n°9, dimanche 4 avril 1915). Même lorsqu’il écrit à sa fille cadette Gisèle, alors âgée de 10 ans, il l’exhorte à aimer son pays : « aimons la bien notre patrie mutilée, notre France si grande, si belle, si généreuse dans l’indicible tourmente » (voir copie de la lettre du 3 décembre 1917)

Même à la mort de son neveu Claudius (dit Marcel) tué à Mourmelon-le-Petit le 17 septembre 1915, il veut rester confiant. Ainsi il écrit à Jean, frère du disparu-« Oui, mon cher enfant, l’épreuve et la souffrance sont une grande école et de leurs creusets on sort meilleur, plus raffermis » ou » « Oui pleurons-le, mais que l’amertume de nos larme soit édulcoré par le légitime et salutaire orgueil de sa mort glorieuse. ». C’est dans ses carnets que sa peine profonde se révèle : « mon vieux cœur reconnu de parrain se sent vive, douloureux et désemparé !! Je ne te verrai plus me sourire, comme à un vieux camarade ! » (voir étude détaillée)

Bien avant la fin de la guerre, Claude Désormières, entrevoit ce que sera le tourisme de mémoire. Ainsi, il envisage le devenir d’un cimetière militaire près d’Hermonville « Cet ossuaire (…) sera certainement un lieu de rendez-vous pour bien des touristes et des familles amputées d’un des leurs » (voir carnet n°8, mardi 16 mars 1915).

Décoré de la Croix de Guerre depuis le 14 août 1917, sa démobilisation n’intervient finalement que le 4 janvier 1919 après plus de 4 ans, soit environ 54 mois, sur le front.

Après la guerre, il revient dans son village de Baratin, à Nizerolles où il continue à écrire des poèmes tout en exerçant son métier. Claude est décédé le 22 septembre 1955.

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