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Louis Valette (Deux-Chaises) (voir ses photos)

Louis Valette, cultivateur habitant à Deux-Chaises a 18 ans lorsque la guerre éclate en août 1914. Il quitte alors sa femme Marie et leur petit garçon Hubert âgé de 3 ans. Il est affecté à un bataillon de chasseurs qui part combattre sur le front des Vosges (voir son registre matricule). Le 26 août 1914, il combat dans le bois d’Ormont puis est porté « disparu ». Blessé le 27 août près de Saint-Dié, il est soigné à Strasbourg avant d’être interné dans le camp de prisonniers d'Altengrabow près de Magdebourg (voir cartes postales de cette ville) en Allemagne.

Il travaille à la mine de potasse Johannashall de la ville de Beesensenstedt. Il écrit sur ses carnets ses conditions de vie de prisonnier : règlement du camp, le contenu et la date d’arrivée de ses colis, mais aussi de nombreux récits et chansons à succès de l’époque que les soldats recopiaient. A lire en particulier le poème consacré au camp d’Alten Grabow. Ces textes décrivent la dure réalité des prisonniers de guerre, en particulier le moral de ces hommes mis à rude épreuve. Nombre d’entre eux n’y survivent pas comme en témoignent les photos des tombes de certains de ses camarades de captivité que Louis avait conservées.

Dès lors, le courrier échangé avec les siens, revêt une grande importance. Louis reçoit des cartes de sa femme Marie ainsi que de ses frères, sœurs, neveux et nièces, avec parfois leurs photos au recto. Dans une lettre datée du 27 décembre 1914, son beau-frère espère que les Allemands qui le gardent prisonniers ne le font pas « trop souffrir car nous soignons très bien les leurs qui sont comme vous pères de famille»

L’ordinaire des prisonniers de guerre est amélioré par l’envoi de colis par leur famille mais aussi par des associations comme la société de secours aux prisonniers de guerre originaires de l’Allier (voir récépissé colis) ou des municipalités. Ainsi, celle de Deux-Chaises lui envoie un colis pour Noël 1916 (voir lettre le 7 janvier 1917).

Les familles peuvent demeurer plusieurs semaines sans nouvelles, le courrier et les colis mettant du temps à parvenir à leurs destinataires dans les deux sens. C’est dans ce contexte angoissant que la famille de Louis finit par apprendre son décès plusieurs mois après. Ce dernier remontait au 23 octobre 1917 et ce n’est que par une carte datée du 5 janvier 1918 envoyée par l’aumônier du camp de Merseburg que sa belle-sœur apprend que Louis « mourut bien résigné dans d’excellents sentiments chrétiens » (ces termes sont soulignés). Grâce aux démarches de la comtesse de Dreuille auprès de la Croix-Rouge (voir les courriers qui lui sont adressés), sa femme Marie apprend par un avis de décès du 2 février 1918 qu’il est inhumé au cimetière du camp de Merseburg, tombe n° 102.

Le 4 février 1918, pour la 21ème fois depuis le début de la guerre, une messe de sépulture est célébrée en l’église de Deux-Chaises par le curé de la paroisse qui exhorte alors à prier pour « tous les soldats qui ont versé leur sang pour la France » (voir texte du sermon)

Par la suite, Marie reçoit des cartes de Francis Delahaye, camarade de captivité de son mari, qui lui écrit et lui envoie un colis contenant des affaires ayant appartenu à Louis.

Presque 70 ans plus tard, en 1986, au décès de leur grand-mère Marie, la veuve de Louis, ses petites filles Georgette et Liliane, ouvrent un coffret que celle-ci a conservé toutes ces années. Sur celui-ci est écrit « Pour Hubert ». Il s’agit de leur père, fils de Louis, âgé de seulement 3 ans lorsque la guerre éclate. Dans ce coffret, elles découvrent des souvenirs de la période où leur grand-père était prisonnier en Allemagne : ses carnets, lettres, photos, cartes postales notamment.

En 2013, Georgette et Liliane acceptent de prêter ce précieux contenu aux élèves de CM2 de l’école de la commune de Deux-Chaises. A l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, leur instituteur, Monsieur, Philippe Durand les a inscrits au concours « Les petits artistes de la mémoire, la Grande Guerre vue par les enfants ». En imaginant ce que le petit Hubert aurait pu écrire ou dessiner 100 ans plus tôt, ils ont réalisé un livret de présentation illustré de nombreux dessins.

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