Retour à la page d'accueil Conseil général de l'Allier

François Cuissinat (Neuilly-en-Donjon) (voir photo)

« Ah cette guerre ceux qui n’y auront pas assisté ne se feront jamais une idée des ruines et des désastres qu’elle a accumulés »

1914

François Cuissinat, né à Neuilly-le Donjon, négociant en farine de son métier, est incorporé en septembre 1914, à l’âge de 20 ans (voir registre matricule). En tant que « bleu » de la classe 1914, il doit faire ses « classes » avant d’aller combattre sur le front. 4 mois de formation « accélérée » contre les 3 ans de service militaire connus par ses aînés…

1915

A la fin janvier, départ pour le front avec les acclamations des gens en gare de Grenoble: « comme c’était la 1ère fois que l’on partait au front et qu’on ne savait pas ce que c’était on était plutôt heureux ».

Le 8 février1915, il monte en 1ère ligne où il reste 1 semaine pendant laquelle il alterne entre les gardes et quelques alertes : « On criait "Tout le monde aux créneaux !", et c’était une fusillade à n’en plus finir ».

Le 5 mars 1915 il est évacué pour cause de fièvre et de pieds enflés. C’est d’ailleurs pendant son hospitalisation à Amiens qu’il commença à rédiger ses carnets de route. Intitulé « mémoire d’un poilu de la classe 1914 », il commence alors à retranscrire alors son parcours : sa mobilisation, son départ au front, les combats auxquels il a dû participer.

Le 5 novembre, il embarque à Marseille pour Salonique en Grèce où il débarque le 13. Il y découvre alors « des tas de gens aux costumes les plus bizarres (…) des hommes aves des nattes de cheveux sur le dos, d’autres en haillons, et marchand nu-pieds ». Il est envoyé avec ses camarades sur les collines serbes tenir position dans « des trous de tirailleurs ». A moitiés enterrés par la neige qui tombe « drue » sous des toiles qu’il faut secouer, ils luttent contre le froid. A -18° C ce début décembre 1915 leur painest gelé « à un point qu’on est obligé de la faire brûler à moitié pour pouvoir le faire dégeler » et qu’ils sont obligés de « brûler la moitié des baraques » pour se réchauffer. A cette époque, en plus du froid, il leur faut affronter les troupes bulgares qui les encerclent et les mettent en déroute plusieurs fois à grands renforts de cris de « hourras ». La débandade est telle que « les sacs et les fusils voltigent de toute part , on fait des culbutes en voulant aller plus vite (…)« qu’à un moment Bulgares et Français étaient tous mélangés » Le 11 décembre, il échappe miraculeusement à une balle bulgare comme en témoigne la brèche à l’arrière de son casque encore aujourd’hui.

1916

Le 11 janvier 1916 François Cuissinat est frappé par la fièvre typhoïde. A cette occasion, il rend hommage à la « brave dame infirmière qui passa souvent ses nuits à notre chevet (…) Que de fois quand j’étais découragé, et quelque fois prêt à pleurer, elle est venue me consoler ». Après sa convalescence en France, le 8 octobre 1916, il est de retour en 1ère ligne, dans le secteur de Courtémont dans la Marne, où il reconnait être « dans le calme » car, à une cinquantaine de kms « c’est du côté de Verdun que ça chauffe le plus ».

1917

Le 17 avril 1917, il est blessé à la main et à l’oreille : « je fus secoué d’une telle façon, que je me tâtais tout de suite pour voir si je n’étais pas mort ». Il en gardera d’ailleurs une perte d’audition évaluée à 10%. A partir d’août 1917, il enchaîne plusieurs missions loin des 1ères lignes : travaux agricoles, cuisines, scierie…En décembre, retour vers les armes avec un stage de grenadier, travaux de terrassement.

1918

Le 12 juin, il est nommé brancardier mais cette fois à titre définitif. Aller chercher les blessés sur un champ de bataille est souvent périlleux, ainsi, cet épisode le 18 juillet 1918, lors de la 4ème bataille de Champagne : « on prend le blessé, un sous-officier, on le met sur le brancard, et on repars au plus vite, mais à ce moment-là, voilà les mitrailleuses qui se mettent à nous viser, et qui tirent de toute la vitesse de leur engin, les balles sifflent, tel un essaim de mouches, et on est forcé de s’aplatir par terre (…). Ils s’en sortent cette fois mais notre brancardier reste humble : « le hazard et la chance sont les grands maîtres dans ces moments-là. » Le 8 octobre 1918, il est moins chanceux : blessé à la jambe par une balle il est évacué.

Il est cité à l’ordre de son régiment le 18/10/1918 : « Pendant les combats du 26 au 30 septembre 1918 a exécuté la relève des blessés, immédiatement derrière les vagues d’assaut avec un mépris complet du feu des mitrailleuses ennemies ». C’est probablement ce qui lui vaut la médaille militaire en 1933 (voir son diplôme).

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