Retour à la page d'accueil Conseil général de l'Allier

Henri Fèvre, Souvigny (voir photos)

Henri Fèvre, de Souvigny, a 30 ans lorsque la guerre éclate en 1914. Entrepreneur agricole, il est alors marié avec Marie Breton depuis 1910. Il est affecté au 216e régiment d’infanterie au grade de sergent (voir son registre matricule)

Ils s’écrivent presque tous les jours mais avec les retards de courriers, chacun des deux s’inquiète de ne pas recevoir des nouvelles de l’autre. Si Henri écrit « écris moi je t’en supplie car je porte peine de ne pas avoir de tes nouvelles. », Marie n’est pas en reste : « je n'ai encore rien reçu aujourd'hui, ça fait deux jours je porte peine, tu devrais m'écrire tous les jours puisque tu as le temps". La famille a surtout retrouvé la correspondance écrite par Henri à sa femme. Le courrier écrit par Marie à son époux est maigre parce que les soldats n’avaient pas la possibilité de conserver tous les courriers sur eux sur le Front.

Dans une carte du 23 août 1914 il décrit la tranchée : « notre trou n’a que 1m40 au carré. Tu vois que lorsqu'on est deux que l'on a pas bien de quoi se tourner. On sort de la tranchée que la nuit pour prendre sa soupe sa portion et son café".

Dans une lettre datée du 31 août 1914 Henri évoque la trahison du général Percin. Ce dernier fut accusé en août 1914 d'avoir abandonné Lille, qu'il était chargé de défendre : "On dit que le Général Percin nous a trahis (…) On dit qu'il est enfermé mais personne peut l'affirmer (…)Ce que je trouve malheureux c'est de se battre sur le territoire français, dévaliser les fermes, piller, faire du mal aux habitants a ce que j'entends dire "

Le 9 septembre 1914, Henri est blessé à la mâchoire, dans sa lettre du 16 il explique à son épouse qui lui demande des précisions sur sa blessure : « la balle que j’ai reçue est rentrée par la joue gauche, 2 centimètres en arrière de la moustache » S’ensuit une description détaillée de la trajectoire sanglante du projectile qui lui a coûté 5 dents, des abcès et des névralgies pendant 3 semaines. Dans sa carte du 16 septembre, Marie lui écrit : « "demande donc puisque tu en as le droit de venir chez nous (…) surtout tiens bien ta tête couverte pour empêcher les fluxions, car je suis persuadée qu'avec tes blessures tu dois craindre le froid" ». Sa convalescence ne se déroulera pas à domicile comme espéré et il est renvoyé au front vers le 20 octobre.

Il est tué peu après, le 24 octobre 1914 aux Loges. Dans une lettre datée du 4 décembre 1914 adressée au père de Henri Fèvre le cousin de ce dernier, Jacques Fèvre, lui explique les circonstances de la mort de son fils: " comme il était applati dans la tranchée, l'éclat lui a percer la fesse et sortie au ventre, il est mort […] que 3 ou 4 heures après en l'emportant sur le brancard (…) ». Il décrit ensuite sa sépulture : « il est enterrer à Beuvraigne (voir la photographie de sa tombe). (…)toutes les adresses sont sur une grande croix en bois puis un papier dans une bouteille qui est sur la tombe chaque tombe est très bien organisée d'une couronne en fleurs et une petite bordure de rameaux il y aurait que si un obus tombait dessus parce que c'est entre les deux feux d'artillerie c'est pas possible pour le moment d'y aller sur tous les civiles aucun passe je sai pas si vous pourrez le transporter plus tard il est mort le 24 octobre et sur le champ de bataille il y a pas de cercueil on est enterrer seulement avec ces effets »

C’est avec émotion qu’on peut lire sur la première page de son journal de bord, ces consignes : "au cas si je suis tué écrire à ma femme Marie Fèvre Eglantier Souvigny Allier prendre sa photographie et lui envoyée avec ce carnet et lui dire où je suis resté et enterré merci"

En 1917, le père et l’épouse d’Henri se rendent sur cette tombe où ils déposent une couronne de perles. Mais après les bombardements allemands du printemps 1918 sur le secteur du cimetière, la famille ne retrouve que quelques morceaux (voir) lors d’une seconde visite en novembre 1918. Depuis, ces reliques ont été précieusement conservées avec son chapelet dans une petite boîte.

En 1921, le corps d’Henri Fèvre est rapatrié à Souvigny puis inhumé dans le cimetière de la commune. Son bulletin de décès, établi par le maire rend sa mort officielle cette même année.

Un diplôme d’honneur ainsi que la médaille militaire lui sont décernés à titre posthume

Presque 100 ans après la guerre, l’arrière-petite-nièce d’Henri, Agnès, réalise un mémoire en s’appuyant sur les archives conservées précieusement par sa famille. (voir quelques extraits)

Retour