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Joseph SALVIN, Désertines (voir photos)

Joseph Salvin, boucher à Désertines, a 29 ans lorsque la guerre éclate en août 1914 (voir livret militaire). Il est affecté dans l’artillerie (voir registre matricule). Une première période est consacrée à l’instruction à la caserne de Bron dans la région lyonnaise notamment dans les : « écoles à feu » (voir carte du 9 septembre 1914)

Tout au long de la guerre, Joseph Salvin écrit à sa famille. Il est inquiet quand il ne reçoit pas de nouvelles. Ainsi le 24 avril 1915, il se plaint : « plus cette guerre sans fin durera, plus l'on viens exigeant pour les nouvelles du pays et de sa famille car les jours aussi longs qu'ils sont maintenant bien des choses ont le temps de se fomenté dans le cerveau ». A sa femme qui se plaint également de ne pas recevoir ses cartes il assure « tous les jours sans exception je t'écris » (carte du 10 février 1916). Au début de la guerre, il s’inquiète particulièrement pour son épouse Anaïs qui est enceinte. Il lui recommande de se ménager : « soigne-toi (…) Donne-moi de suite de tes nouvelles. Ne me cache rien » (carte du 5 septembre 1914). Le bébé naît au printemps 1915, c’est une petite fille prénommée Marie-Louise. Il réprimande sa femme qui se nourrit mal, par exemple le 30 mai 1915 : « quand à la viande tu as eu grand tort de rester aussi longtemps s'en en manger surtout qu'elle t'est nécessaire vu que tu nourrie raison de plus ». Joseph Salvin déplore ne pas pouvoir suivre les 1er pas de sa cadette : « je vois bien maintenant qu'ellle marchera et que ce terrible fléau n'aura pas pris fin » (voir carte du 29 novembre 1915)

Il écrit aussi régulièrement à sa fille Alice qu’il surnomme « Lilice ».: « Continue de bien apprendre à lire et à écrire. Je suis très content de tes progrets » (voir carte du 23 janvier 1915). Apparemment, elle est jalouse de sa petite sœur puisque son père écrit : « Préféré son diamant et son chat à sa petite soeure cela n’est pas gentille pour sa voiture sa robe de bateme j’en concois que la petite soeure n’est pas désiré de sa part espérons que l’avenir arrangera cela » (carte de mai 1915 ?) et «alors ma Lilice me promet un programme de plainte pour sa petite sœur, je reconnais un progret d'amitiés de sa part, ça n'était pas de trop le debut fut pas épatant » (carte du 21 mai 1915). Alice a dû avoir peur de l'aspect physique des "Poilus" peut être dans les journaux ou sur des photos de l’époque, car son père écrit « les réflexions de ma Lilice assurement pauvre gosse elle peu pas comprendre un fourbit pareille, son papa qui viens vieu, son papa qui na plus de jambe, ce vieu barbu. Tranquilise la à ce sujet que je possède bien mes deux jambes, que je me serai rasé et qu'enfin elle verra que c'est encore son papa jeune » (voir carte) Seule une carte d’Alice a été conservée, celle envoyée à l’occasion des vœux de bonne année 1918 avec ces mots écrits sur des lignes tracées à la main : « je suis heureuse de voir arrive le premier de l’an pour te souhaiter une meilleure année que celles-ci que tu viens de passe » (voir carte du 26 décembre 1917)

Le 5 mai 1915, Joseph envoie un souvenir des tranchées à sa famille et il raconte son plaisir de faire la cuisine à ses camardes « tu trouveras une fusée de 77 allemande (..) met le de côté en lieu sûr j'y tient (...)les andouilles je les est réussies comme il faut les copains furent content, c'est une joie pour moi quand je peu leur faire plaisir d'un sens ou l'autre mon rôle je leur fait la popote »

Quant aux combats par eux-mêmes, il semble assez pessimiste comme ce 8 mars 1915 : « L'infanterie comme toujours subit de grandes pertes. Quand donc la fin de ce carnage ». Ses sentiments sont très vindicatifs envers les Allemands. Dès le lendemain 12 mai 1915 il écrit : « ah les salos c'est à souhaitez qu'on les déloges de leur souterains! » Imprégné de la propagande ambiante il écrit le 7 juin 1915 : « songe pas que la Révolution éclatera en Allemagne. Non. Toutes cette graine à cochon du plus jeune au plus vieu femmes comprises sont consentantes à ce massacre, c'est affreux! ». Il semble même assez fataliste sur la supériorité de ses adversaires, mieux préparés selon lui : « c'est bien beau de leur foutte la piquette, de les anéantir mais en le faisant on se fait assomé nous aussi (…)plus on en assomme plus il y en a (…)il doivent venir au monde prêt à se rendre au front (…)ah les salos, si le dernier était seulement crevés, car jusqu'au bout il se rendront pas » et « autant nous voulons la paix eux veulent la guerre les saligots (…)le plus malheureux de tout cela c'est les copains qui tombent. Enfin c'est inévitable (…)ils avaient pas accumulé tout c'est armement pour des prunes » (voir cartes)

Il ironise sur les informations qui circulent à l'arrière : «Je m'aperçois que la diplomatie fait des progrès à Désertines, vous en savez plus long que nous, certes il y aura une fin, mais personne le sais! » (carte du 8 septembre 1916). Durant l’été 1917, ceux qui parmi les soldats sont mineurs sont exemptés de tranchées pour retrouver leur métier, là encore Joseph Salvin ironise «pour les pauvres civiles il faut bien du charbon sans cela leur patriotisme sombrerais et la victoire serait compromise » (carte du 4 juillet 1917)

Evoquant le sort incertain d'un homme prisonnier dont l'épouse est sans nouvelle, il craint les mauvais traitements infligés par les Allemands, la Propagande là encore : « La mort est préférable à des tortures semblables, à leur retour il seront dans un piteux état que de soins leur seront nécessaire et beaucoup ne pourront plus s'en remettre. » (voir carte)

Le 4 octobre 1918, le jeune frère de Joseph, Louis Salvin, alors chasseur alpin, est tué à Sequehart (Aisne). Il avait 21 ans. (voir son registre matricule).

L’Armistice ne signifie pas la fin de la guerre pour les soldats qui restent mobilisés. L’amertume est grande, Joseph Salvin écrit le 15 décembre 1918: « la victoire gagné par nos vaillants et glorieux poilus ne leur a pas beaucoup rapporté cinq ans de misères, de tortures, de massacre ect on nous avait promis mille payes pour ce que nous avons fait mais voila qu'on a pigé que c'était trop (…)enfin c'est pour la France » et le 27 décembre 1918 : « Tu me dis que les journaux annoncent que la démobilisation va pas assez vite, bien sûr qu'on s'attendais pas à une douche pareille. Le 11 novembre on se disais au plustard on serais chez soi le 1er janvier (…)En réalité on ogmenté un peu plus les frais de guerre. On s'ennuie surtout voire de la manière qu'on sert à rien et savoir que l'on fait faute chez soi »

Il est officiellement démobilisé le 8 avril 1919.

Un an après la mort de Louis Salvin, Anaïs se rend sur la tombe de son beau-frère et écrit à son mari resté à Désertines: «on a été sur la tombe mais c’est tout triste 3 dans la même cagna » (voir carte du 3 octobre 1919).

voir toutes les cartes de Joseph Salvin adressées à sa femme Anaïs

voir toutes les cartes de Joseph SAlvin adressées à sa fille Alice

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