Retour à la page d'accueil Conseil général de l'Allier

L'internement en dernier recours

Il est difficile d'évaluer le nombre de traumatisés psychiques qui ont regagné leur foyer après la guerre et plus encore d'appréhender les difficultés vécues au sein des familles. Les femmes et enfants des soldats ont dû supporter tant bien que mal les cauchemards, les sautes d'humeur ou la dépression de leur mari, de leur père. Parfois cela devient trop difficile, le médecin de famille prend alors le relais pour demander l'internenent avant que le malade ne devienne un danger pour les siens.

Le Dr Zentler de Marcillat s’adresse ainsi au secrétaire d’une association d’anciens combattants et victimes de guerre de la région de Vichy pour demander l’internement d’Alfred Saurne, un ancien soldat atteint de « folie ambulatoire avec mutisme ».

Selon lui cet homme « passe des journées entières à lire des romans criminels et se sauve la nuit. En rentrant il fait des scènes à sa femme et la menace de coups de poings ».

La famille inquiète demande au médecin d'entamer les démarches vers un internement "de crainte qu'il ne devienne furieux".

Demande d'internement d'Alfred Saurne de Marcillat (cote : AD03_1_X_Ste-Catherine_63)
lien pdf

LA DIFFICULTE DE PRISE EN CHARGE MEDICALE DES BLESSES MENTAUX

Les meilleurs soins ?

Le 19 décembre 1924, l’amicale des mutilés de l’arrondissement de Montluçon écrit au préfet afin de l’inviter

« à étudier pour les ex-militaires internés à Yzeure pour aliénation ou troubles mentaux des traitements appropriés, effectifs, inspirés au besoin de ceux pratiqués à la clinique mentale du Dr Toulouse à Paris ».

Ces anciens soldats se disent préoccupés du sort de leurs camarades « au même titre que les hospitalisés pour d’autres causes de la guerre ». Ils estiment qu’ils sont, « de par leur internement, retranchés du reste des vivants »

Le Dr Ricoux, le directeur-médecin de l’établissement, proteste en assurant que

« ces malades sont dans un quartier spécial, confortablement habillés à titre gracieux par l’établissement, bien nourris. Ils disposent de jeux et distractions multiples et sont traités avec toute la bienveillance que nécessite leur malheureuse situation »

Il précise en outre : « la plupart de ces malades sont des aliénés d’avant-guerre, chroniques avant leur incorporation, le plus souvent, et sur lesquels on ne peut espérer obtenir de résultat par un traitement »

Inquiétude des anciens combattants pour leus camarades internés Réponse du Dr Ricoux, directeur de l'asile Ste-Catherine

Source : Archives départementales de l’Allier, archives administratives de l’asile Sainte-Catherine, cote : 1 X 63. Lien pdf

Un mal-être parfois insurmontable

Malheureusement, l’amélioration de la prise en charge avec la loi de 1919 ne suffit pas à masquer le mal être de ces hommes psychiquement meurtris. Certains ne s’en relèvent pas comme P. Gondat. Sa veuve espère que l’imputabilité de sa mort à la guerre lui donnera droit à la pension.

 Suicide de Pierre Gondat, certificat médical Archives départementales de l'Allier : 63 J 117  Suicide de Pierre Gondat, demande de pension de sa veuve Archives départementales de l'Allier : 63 J 117

page précédente/page suivante