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Claude ROCHE (Saint-Yorre)

Claude Roche, né au Mayet-de-Montagne en 1893, est embouteilleur pour une marque d’eaux minérales (voir son certificat de travail). Il est âgé de 21 ans lorsque la guerre éclate en 1914.

Son parcours militaire est restitué dans son registre matricule et dans son livret militaire.

Il eut de nombreuses blessures : le 20 août 1914 à Sarrebourg, le 15 mars 1916 à Mort homme, le 21 novembre 1916 à Paralovo en Serbie (voir document en cyrillique).

Durant le conflit il prend des notes dans de petits carnets afin de noter ses « impressions personnelles ».

La famille a retrouvé le carnet de route du Front de Somme couvrant la période du 22 juillet au 16 octobre 1916. Voici quelques extraits :

    • Le 22 juillet 1916, il apprécie le moindre répit l’éloignant du front : « pendant quelques jours, on vivra ».
    • Le 23 juillet il déplore les exercices militaires au milieu des champs de blé : « quel crime de saccage de pareilles récoltes ».
    • Le 31 juillet, il est « de planton pour empêcher que l’on se promène au-dessus des abris afin d’éviter le repérage par avion ».
    • Le 1er août 1916 il est fataliste pour faire le bilan de 2 ans de guerre : « Enfin nous voilà dans la troisième année de guerre. La finirons-nous ? Sincèrement, je ne le crois pas. ».
    • Le 5 août il décrit les distractions: « Le soir, on danse et on s’amuse de bon cœur. La musique, les feux d’artifice c’est la rigolade, quoi ! »
    • Le 25 août, la guerre continue de tuer : « le pauvre Germain reçoit une balle qui lui traverse le bras et la poitrine et le tue. Ah la guerre. ».
    • Le 27 aoûtIl critique les corvées : « Faut-il être bête pour envoyer autant de monde aussi loin pour faire aussi peu de travail. Quelles dépenses de forces pour d’aussi minimes résultats ! ».
    • Le 29 août, il salue l’entrée en guerre de la Roumanie contre l’Autriche-Hongrie : « c’est là un point capital ».
    • Le 4 septembre : « A 2 heures une attaque se déclenche. Notre rôle, je l’ignore. En avant, le cœur haut, au combat ! Nous sommes frais et coquets dans ces boyaux boueux. Vivement le bon repos ! ».
    • Le 5 septembre, il voit passer des prisonniers : « ils sont jeunes pour la plupart. Ils ont peur et machinalement lèvent le bras ».
    • Le 15 septembre, l’horreur d’un champ de bataille : « Le terrain est criblé. C’est extraordinaire (…) des cadavres dans les boyaux. Oh spectacle horrible. Ils sont en décomposition et sentent excessivement mauvais. On passe au-dessus. ».
    • Le 20 septembre : « Ah quelle vie tout de même. Quels sont ceux qui, n’y étant pas, pourraient se l’imaginer pareille. »
    • Le 3 octobre : « dans le P.C. accroupi, recroquevillé, couché tant bien que mal, je rêvasse, je songe à l’après-guerre et ainsi les heures s’écoulent »
    • Le 8 octobre : « que de jolis rêves ne fais-je pas dans mon gourbi. Je fais mon petit et mon grand Jean-Jacques Rousseau. J’ai lu hier Manon Lescaut, ou plutôt je l’ai dévoré. J’ai goûté certains passages mais il y en a qui pêchent aussi »
    • Le 9 octobre, il subit un bombardement : « Les boches nous ont joué la danse (?). Ils ont envoyé plusieurs marmites (…). Les éclats soufflaient, la terre volait et on faisait les tout petits dans nos trous à rats »

Certaines notes sont prises en sténo : était ce pour déjouer la censure ?

Claude Roche monte peu à peu en grade : caporal en 1917, il termine la guerre sergent. Sa bravoure est reconnue par plusieurs distinctions honorifiques : une citation à l’ordre de son régiment du 17 avril 1916 qui distingue sa « conduite exemplaire au combat pendant les journées du 10 au 16 mars », un certificat de bonne conduite en 1921, une médaille militaire de bronze en 1959 et enfin la légion d’honneur au grade de chevalier en 1961.

Au titre de ses blessures à l’épaule droite et à la cuisse gauche, il est d’abord pensionné à 10% d’invalidité puis en 1961, il obtient une revalorisation à 20%.

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